Du temps où le petit train passait à
Thin le Moutier








 
   Alors que le TGV sillonne désormais la campagne française , il est bon, sans vouloir se réfugier dans le passé, de rappeler que le train a existé à Thin le Moutier.
Le petit train, comme l’appelaient les habitants, a eu son heure de gloire avant de disparaître au profit de l’automobile.
 Faisons ensemble, un peu d’histoire ferroviaire locale.

Bref historique sur le réseau départemental à voie étroite.
  Le réseau départemental à voie étroite des Ardennes atteignit 342 Km à son maximum. Quatre lignes étaient raccordées au réseau belge. Les premières  concessions datent de 1893. Comme la voie métrique était susceptible de permettre des invasions, préjudiciables aux intérêts de la défense nationale en cas d’invasions (comme lors de la défaite de Sedan en 1870), l’armée imposa un écartement spécifique, empêchant toute invasion par un éventuel envahisseur. C’est une voie de 80 cms qui fut retenue pour les premières lignes, qui constituèrent le premier réseau, entre 1895 et 1898. La Société des Chemins de Fer Départementaux à Voie étroite des Ardennes (CA) fut fondée à cette époque.
  En 1898, ce sera la création du ‘‘second réseau’’ qui, grâce à la pression des élus et industriels locaux et à l’évolution du point de vue de l’armée, fut construit à voie métrique. Cela présentait plus d’avantage que de risques, les lignes pouvant être connectées au réseau des Ardennes.
  Certaines lignes furent même converties de 0,80 à 1 m. lors du premier conflit mondial, du matériel fut mis à l’abri dans la Marne via le réseau des CBR. Les allemands déposèrent certaines lignes et détruirent certaines infrastructures lors  de leur retraite. L’écartement métrique fut adopté lors de la reconstruction du réseau. Il servit par contre lors du deuxième conflit, qui causa lui aussi des dégâts, a cause la pénurie des transports.
  Après la guerre, le département racheta le réseau, et fonda la RDTA (Régie Départementale des Transports des Ardennes) qui repris l’exploitation en janvier 1947. Ce fut le début des fermetures, d’abord aux voyageurs, puis aux marchandises. Le dernier train circula en 1961.

La ligne Wasigny/Mézières via Thin le Moutier.(Voir carte, tracé rose)
  Cette ligne est inscrite au premier réseau en ce qui concerne la section de Wasigny à Signy l'Abbaye et est destinée à desservir Signy l'Abbaye, chef lieu de canton, et possédant quelques entreprises industrielles : filatures, scieries, saboterie, moulin, semblables entreprises étaient implantées dans la vallée de la Vaux.
  La ligne a pour départ la gare de Wasigny-Est (Wasigny-La Neuville) où se trouve la gare d’échange avec le grand réseau. Elle dessert ensuite Wasigny, La Neuville les Wasigny, Lalobbe et se termine à Signy l'Abbaye à l’orée ouest de l’agglomération. Elle sera prolongée jusque la place de la localité qui deviendra le terminus des voyageurs.
  Elle est réalisée à voie de 80 cm, comme toutes les lignes de l’époque. Les installations principales sont implantées à Signy l'Abbaye.

  Cette section est transformée en voie de 1 m en 1905 au moment où l’on entreprend son prolongement vers Mézières, alors que ce prolongement est déclaré d’utilité publique en voie de 80 cm, mais en fait réalisé directement à l’écartement de 1 mètre, modification approuvée par la loi du 16 avril 1909.
  Le parcours de la section complémentaire sera  particulièrement accidenté, puisque dès la sortie de Signy l'Abbaye, la ligne amorce une longue boucle en rampe pour franchir le faîte des communes au lieu-dit Sainte Philomène. Elle descend ensuite dans la vallée du Thin  en passant par la ferme de Courcelles, en suivra le cours jusque Clavy, puis amorcera une nouvelle série de rampes et courbes qui lui permettront de passer  dans la vallée parallèle, celle de Neuville les This.
 Le parcours est entièrement en plate-forme indépendante jusque Prix les Mézières ; elle dessert successivement Dommery-Courcelles, Thin le Moutier, Warby, Clavy, Neuville les This, This, Sury, la halte de Praël et Prix les Mézières. Elle poursuit en accotement jusque la station de  Mézières, puis emprunte la voie des Tramways électriques de Charleville-Mézières-Mohon depuis le square de l’Alhambra afin d’atteindre, d’une part le port fluvial de Mohon où est installé un faisceau de voies, d’autre part la gare d’échange avec le grand réseau implantée au-delà du passage à niveau de Villers. La voie des Tramways électriques n’est empruntée que pour le seul service des marchandises.  

Le petit train à thin : Souvenirs…
   Lors des premières années, il assurait le transport des voyageurs.
  Dès le début de la guerre 14-18, l’armée allemande accommoda le réseau à ses besoins et l’utilisa à des fins militaires, la ligne fut conservée pour l’exploitation des forêts de Signy l'Abbaye et de Thin le Moutier.*
  En 1918 la ligne Wasigny-Mézières fut très endommagée par l’armée allemande en retraite  qui la fit sauter à de multiples endroits.
  En 1919 il fut envisagé  de prolonger cette ligne jusqu’à Charleville mais le projet fut abandonné, faute d’argent. Le petit train conserva son terminus à Mézières derrière l’ex cinéma Alhambra.
   En 1920, le petit train reprit du service. Il était alors composé de 2 voitures pour voyageurs et d’un fourgon postal et pour bagages encombrants. La liaison  entre Wasigny et Charleville était alors assurée 2 fois par jour ; ce trafic continua jusqu’en 1940.
  À cette époque la ligne était exploitée par la Compagnie Ardennaise. Des habitants du village étaient employés à l’entretien des voies et de la gare.
 La petite gare de Thin, comme l’appelaient les habitants  (photo ci-contre) était composée d’une salle d’attente et d’un logement pour la famille qui s’occupait des voyageurs et des bagages. Un guichet donnant accès à la distribution des billets pour les personnes se rendant à Signy l'Abbaye ou à Charleville.
 Sur les dépendances de cette gare se trouvait un ‘‘château d’eau’’ servant à l’approvisionnement des réservoirs des locomotives. Une moto pompe  aspirait l’eau du Thin.
À la fin de l’année 1939 des bâtiments en bois furent construits sur le terrain avoisinant la gare (emplacement réservé autrefois au stationnement des wagons en attente). Ces bâtiments étaient employés par divers services administratifs et militaires.
  À l’automne 1940 ces mêmes bâtiments furent transformés par les allemands en camp d’internement pour les prisonniers de guerre français, notamment Nord-africains. 
 
  Actuellement, ce même emplacement a servi à construire un centre de secours des sapeurs pompiers, une salle polyvalente, un terrain de tennis et un terrain de boules (voir photo ci-contre). L’ancienne petite gare fut rasée en 1988 lors de la construction de la salle polyvalente.
  En 1940 les liaisons furent interrompues par la guerre. Elles reprirent en 1941, c’était le seul moyen de locomotion (hormis le vélo) pour se rendre  à Charleville. Il y avait peu de voitures à l’époque et surtout l’essence faisait défaut.
  À cette période, le 1er wagon était réservé aux allemands notamment aux ‘‘souris grises’’, femmes allemandes en uniforme gris qui se trouvaient cantonnées au ‘‘Fourrigault’’ à  Signy l'Abbaye. 
  À cet endroit avait été construit un poste de repérage par le son, indiquant le passage des avions alliés qui allaient bombarder l’Allemagne
  Le petit train s’est arrêté en 1948 et fut remplacé par les cars de la RDTA qui assuraient la ligne Mézières-Renneville.

Quelques citations :
Mme KAUFMANN (8 enfants) était chef de gare à Thin le Moutier ; son mari travaillait sur la voie.

Le train servait à transporter le courrier : Mme SATABIN la postière préparait les sacs ‘‘les plombait’’ et Ernest DEPREUVE (le facteur) les apportait à la gare.

Les enfants de Mme LAMBLOT qui tenait un café rue Croiseaux, allaient chercher les casiers de boisson à la gare.

Les  lycéens ou collégiens à l’époque repartaient à Charleville le lundi matin   (1 fois par mois environ). Ils devaient, chargés de valise avec ravitaillement, traverser toute la ville à pied, de Mézières jusqu’à rue d’Aubilly, pour certains.

Certains passages étaient difficiles, à certains endroits nous devions descendre du train, et pousser. Parfois le train déraillait, il fallait  avec des crics le remettre sur rails.

On prenait le petit train  pour aller faire quelques emplettes à Signy l'Abbaye.

Je me souviens encore du temps où Mr BOURSCHEIDT, garde  champêtre occupait encore la gare désaffectée, transformée en petit logement.

Quel dommage de n’avoir conservé aucune trace de ce passé ferroviaire.

 
 



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